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Siwa Mgoboza: Africadia

17.11.2016 - 21.12.2016

 

Pour son exposition chez Sémaphore, l'artiste sud-africain Siwa Mgoboza a créé 32 nouvelles œuvres qui s’incorporent dans son projet pastoral visionnaire « Africadia ».

Les œuvres qui y ont été exposées comprennent des collages, des photographies de série limitée et des œuvres faites de tissu.

« Africadia » est une vision de fragmentation harmonieuse. Ce n’est pas une utopie, c’est à dire un lieu inexistant, mais un « pays futur » symbolique qui peut exister de façon politique à travers la tolérance et la compréhension mutuelle.

L’hybridité est le principe sous-jacent de « Africadia ». M. Mgoboza examine les conflits intériorisés du « sujet mondialisé », chez qui les influences culturelles divergentes portent atteinte à la perception de l’être comme personne unifiée. Au lieu de minimiser ces forces culturelles et politiques diverses, M. Mgoboza les font cohabiter, créant ainsi des œuvres qui sont des visions kaléidoscopiques de fils multiples d’identité.

Dans la série « Les Etres d'Africadia », les êtres d’une hybridité culturelle sont impossibles à distinguer les un des autres en termes de race et de sexe. M. Mgoboza juxtapose des bandes de tissu hautement coloré pour créer les costumes de ses êtres ainsi que le cadre dans lequel ils évoluent, aplatissant de cette façon la perspective et accordant la même importance visuelle aux hybrides et à l’arrière plan. Les tissus qu’utilise M. Mgoboza sont une gamme d’étoffes à motif, produite à l’origine à Manchester pendant l’apogée de l’empire britannique et importée en Afrique du Sud par des colons allemands et suisses. Des missionnaires français ont fait don de quelques balles de ces tissus au roi Moshoeshoe I du peuple sotho, qui l’utilise dès lors pour ses costumes traditionnels et le nomme « seshweshwe », une dérivation probable du nom du roi. Depuis l’âge de bronze, la teinture indigo appliquée dans l’impression des motifs de ce tissu est courante. A l’époque de leur hégémonie coloniale, les pays européens exploitent la main d’œuvre des esclaves pour la culture de l’indigo en région tropicale.  La culture du coton, dont est fabriqué le tissu, possède une longue histoire de labeur forcé et de subjugation humaine. Aujourd’hui, le tissu imprimé en Afrique du Sud risque de perdre son marché face aux importations asiatiques bon marché. Pour ses raisons, le seshweshwe symbolise l’identité changeante dans un monde où la conquête et la domination coexistent avec l’échange culturel et le commerce.

Le seshweshwe est présent dans toutes les œuvres de M. Mgoboza. Dans ses tapisseries, qui varient en taille de petites cercles de 30 centimètres de diamètre aux grandes œuvres de 1,5 mètre qui se libèrent des confins de la géométrie stricte, la fragmentation et la juxtaposition d’anciens formes et motifs créent de nouvelles compositions visuellement dynamiques.

Dans « Who Let The Beings Out? » l’un des êtres de M. Mgoboza se trouve dans un cadre d’artefacts africains traditionnels. La créature en tant que nouvelle représentante de l’Afrique est à la fois parfaitement à sa place et entièrement déplacée. Les œuvres affichent des tropes forts qui unissent les deux mondes (les masques, par exemple) comme des éléments divergents (les couleurs vives contre les nuances naturelles).

Dans les collages de la série « The Ancestors », M. Mgoboza jouent des éléments de mondes divers les uns contre les autres afin de créer des œuvres ludiques et ironiques. Le seshweshe est le trait d’union entre ces éléments variés.

 

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