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« Migrations » de Cheikhou Bâ

12.01.2017 - 15.02.2017

 

Pour son exposition à la galerie Sémaphore, Cheikhou Bâ a créé 21 œuvres : quatorze tableaux et sept sculptures.

A travers la technique de collage et l’application de couleurs vives sur des toiles de grand format, M. Bâ fête la migration.

Selon l’artiste, la migration est avant tout un « phénomène naturel de déplacement  de  vivants  d’un point à un autre ». Les causes de ces mouvements peuvent être « conscientes ou instinctives ». La part de l’instinct joue un rôle important car M. Bâ fait un rapprochement entre un certain désir humain de découvrir et peupler d’autres rives et la transhumance animale.  

Or, dans un monde morcelé par des frontières, cet instinct migratoire se heurte aux politiques restrictives, où le flux volontaire ou automatique de mouvement est immobilisé et refoulé.

L’artiste fait remarquer :

Plusieurs vocables tels émigration, immigration, exode, exil ... viennent parfois porter [au mot « migration »] une note tantôt légère et joviale mais malheureusement le plus souvent triste.

En revanche, ce n’est pas la critique de ces politiques que l’on perçoit dans l’œuvre de l’artiste, mais la magnification de la migration et ses effets.

Les tableaux deviennent « hybrides et métisses » grâce aux lamelles de toiles juxtaposées et/ou superposées sur le support d’origine. Les éléments divers sont peints et d’huile et d’acrylique et marqués de pastels gras.

M. Bâ explique :

Tous les tableaux sont faits d’éléments mixtes, des parties différentes venant se greffer à celle « originelle » pour ainsi s’enrichir l’un l’autre. Cela se traduit par des sortes d’illusions optiques qui font penser à des uni-polyptyques.

Non des polyptyques faits de plusieurs panneaux distincts rattachés, mais des « uni-polyptyques » : des œuvres unifiées, mais qui se constituent d’assemblages de parties multiples, où il devient difficile de différencier les éléments et de délimiter leurs appartenances, comme c’est le cas pour les individus et les communautés dans les sociétés modernes enrichies par les migrations de toute sorte.  

L’utilisation appuyée de la technique de pointillisme rappelle également le thème de cette série. Les particules de couleurs diverses font penser à des groupements ou des foules. Dans certains tableaux, les amassements de tâches vives font face à des plages monochromes. Ces plages, sont-elles des terrains qui vont être peuplés petit à petit par les corpuscules, des domaines qui leur sont interdits ou des déserts hostiles ? Selon l’artiste, il s’agit « au-delà des besoins de compositions artistiques plastiques, de faire référence à la démographie et à la cartographie du monde. »

Avec ce festin visuel de couleurs et de formes, M. Bâ peut se compter parmi ces heureux dont il décrit la façon de « tirer la lumière des ténèbres, la joie de l’amertume, l’espoir de la perte, [et de créer] l’équilibre dans la déchéance, le partage dans l’indigence... »

Dans ses sculptures, M. Bâ se penche sur les expériences des migrants avec de l’humour mordante et de la poésie. « Le prince des nuées » fait référence à  « L’Albatros » de Baudelaire. Le migrant, comme l’albatros, ne connaît que la liberté et ses capacités réelles dans l’acte de s’envoler vers d’autres rives. En revanche, « L’anonyme » se retrouve sans plumes, collé au sol dans un pays qui l’ignore. Aimé Césaire avait  « sous la réserve de [s]a luette une bauge de sangliers », mais la bauge de sangliers de M. Bâ se trouve sous l’aile de sa sculpture.

 

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